Les déclencheurs de l'écriture ...

Une aversion prononcée pour la rigueur
des longues soirées hivernales, froides et neigeuses,
à Sofia – où Jean-François Parot est en poste depuis 1994 – et l'incitation
à écrire par un fils qui apprécie son talent de conteur dans le cercle familial.

 

Qu'écrire ?

Des études universitaires d'histoire moderne ont conduit Jean-François Parot à dépouiller – pour un mémoire de maîtrise sur les « structures sociales des quartiers de Grève, Saint-Avoye et Saint-Antoine » entre 1780 et 1785 – des archives notariales de la seconde moitié du XVIIIe siècle et à entrer ainsi dans l'intimité des Parisiens de l'époque.

La "rencontre" de l'observateur sans concessions que fut, à la même époque, Louis-Sébastien Mercier, et dont l'œuvre décrit la capitale dans ses moindres détails, a également fortement marqué Jean-François Parot, au point que Roland Mousnier, son professeur à la Sorbonne, l’avait surnommé " Monsieur Mercier".

Le Paris des Lumières ne pouvait donc que s'imposer d'emblée, sans doute comme cadre de ses romans, mais surtout comme un élément constitutif des intrigues.

De plus, après l'histoire, Jean-François Parot entreprend d'étudier l'ethnologie et l'histoire de la momification. Il assiste donc à quelques autopsies de momies, ce qui lui donne une certaine connaissance en la matière, qu'il peut tout naturellement transmettre à un commissaire de police.

 

Les outils de l'écrivain ...

L'Almanach royal, sorte d'annuaire administratif, lui permet de fixer très précisément – du moins à partir du troisième roman – le cadre temporel de chaque intrigue et lui donne aussi quelques informations sur la vie parisienne, insérées dans les romans par le biais des personnages : Sartine cherche par exemple dans celui de 1761 la confirmation que l'électeur de Bavière Van Eyck n'est pas encore comte, mais simple baron (L'Homme au ventre de plomb) tandis que Bourdeau évoque celui de 1774, dans lequel on a commis la bévue de mentionner la charge de « trésorier des grains au compte du roi » ainsi que le nom de son titulaire, un certain Demirlavaud (L'Affaire Nicolas Le Floch).

Les recueils de "nouvelles à la main" (les Mémoires secrets, dits de Bachaumont, ou la Correspondance secrète, politique et littéraire de Metra), chroniques quotidiennes de la ville, alimentent les conversations des personnages.

De nombreux mémoires du XVIIIe siècle imprègnent Jean-François Parot de l'esprit de l'époque, et des ouvrages sur le XVIIIe siècle lui permettent une approche historienne.

Jean-François s'appuie en outre sur des gravures, des estampes ou des peintures du siècle pour saisir sur le vif certaines scènes de la vie parisienne comme, par exemple, les spectacles qui s'offrent au regard de Nicolas sur la place de l’Apport-Paris, lorsqu'il sort du Châtelet (Le Cadavre anglais).

Étant toujours à la recherche de mots qui sonneront juste dans les dialogues, l'auteur de la série se plonge avec délices dans les dictionnaires de l'époque, afin d'entendre la "musique" du siècle. Celui de "Boiste" (1re édition en 1801), qui restitue l'état de la langue à la fin du XVIIIe siècle, est sans doute son préféré.

Photo Emmanuel Pain, La Baule Privilèges,
Acanthe, Édition 2008, p. 34