Le château de Ranroët-Herbignac
Vue aérienne du château de Ranrouët (Wikipédia)  

 

Jean-François PAROT, L’Énigme des Blancs-Manteaux :
« La vieille forteresse, tapie au milieu des eaux et des arbres, était maintenant à portée de voix. Nicolas franchit un premier pont de bois qui le mena dans la barbacane, protégée de deux tours. Il laissa son cheval aux écuries, puis s'engagea sur un promontoire de pierre jusqu'au pont-levis. Par rapport à la masse énorme de l'édifice, le portail d'entrée était plutôt étroit — vestige des précautions anciennes qui voulaient qu'un cavalier ne puisse entrer à cheval à l'intérieur La cour centrale, vaste et pavée, donnait toute sa dignité au corps de bâtiment flanqué de deux tours gigantesques qui en occupaient le fond. »

Ainsi est décrit, au début de L’Énigme des Blancs-Manteaux, le château de Ranreuil, que Jean-François Parot situe près d’Herbignac. À la mort du marquis de Ranreuil, sa filiation avec ce dernier ayant été révélée, Nicolas héritera du titre et du domaine. Or, ce dernier a son origine dans un château qui, à deux kilomètres d’Herbignac, existe bel et bien, à ceci près qu’il porte le nom de Ranrouët.

À l’origine, c’était une motte castrale, construite par les seigneurs d’Assérac dans la première moitié du XIIe siècle.

Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, cette motte castrale en bois fut remplacée par un château en pierre, sans donjon mais gardé par six tours, que reliaient des courtines. À la fin du siècle, par le jeu d’un mariage avec une fille d’Assérac, le château échut aux seigneurs de Rochefort, barons d’Ancenis et vicomtes de Donges. Dans la seconde moitié du XIVe siècle, il fut modifié pour être plus efficace en cas d’attaque. Guy de Rochefort fit à cet effet creuser des douves et construire une barbacane en face du châtelet d’entrée, qu’il dota d’un nouveau pont-levis. Il étrécit également le couloir d’accès à la cour.
L'accès au châtelet
Les douves 

Guy de Rochefort n’ayant pas eu de descendance masculine, le château passa, grâce au mariage de sa nièce avec Jean II de Rieux, dans la famille de Rieux, laquelle était très puissante en Bretagne. En 1478, le château devint la propriété de Jean IV de Rieux (1447-1518). Le futur tuteur d’Anne de Bretagne transforma la forteresse érigée par Guy de Rochefort en un château résidentiel. Il fit construire un corps de logis à deux niveaux : le rez-de-chaussée était occupé par de grandes cuisines et l’étage accueillait la salle d’apparat, à laquelle on accédait par un escalier à palier – sans doute l’un des premiers escaliers à l’italienne construits en France. Cet escalier fut édifié à la place d’une tour du XIIIe siècle. De ce corps de logis, on voit encore les traces d'une cheminée et d’une fenêtre à coussiège. L'ensemble devait ressembler au corps de logis du château de Josselin, qui appartenait au rival de Jean IV de Rieux, le seigneur de Rohan.

     

    À gauche, les ruines du corps de logis,
    de part et d'autre de la cheminée.

 

Ci-dessus, ce qui reste de la cheminée du corps-de-logis.

Jean IV de Rieux fit par ailleurs construire une chambre de tir avec cinq grosses canonnières dans la partie basse de la tour nord et donna à la barbacane devant le châtelet sa forme semi-circulaire actuelle.

À la fin du XVIe siècle, le château, qui appartenait alors à Jean VIII de Rieux, servit de base pour mener des expéditions contre les protestants de la région. Sa fonction défensive détermina la construction de bastions et d’une seconde rangée de douves. Après la promulgation de l’Édit de Nantes en 1598, le château Ranrouët abritait encore des soldats, dont la brutalité conduisit les habitants d’Herbignac à demander au Parlement de Bretagne son démantèlement. La monarchie absolue exigeant de casser les grands – rebelles – du royaume, ce démantèlement de Ranrouët fut décrété par Louis XIII le 11 avril 1618, mais il ne prit effet que le 11 janvier 1619. Les habitants d’Herbignac eurent pour mission de détruire le château : ils eurent en contrepartie le droit d’en emporter les pierres.

Au début du XVIIe siècle, le frère de Jean VIII – Jean IX de Rieux – entreprit de reconstruire le château : il releva les tours sud-est, la partie haute de la tour nord et la tour nord-ouest. C’est sans doute à cette époque que le blason de la famille de Rieux – dix besants en forme de triangle – fut apposé sur les tours.

À la mort de son père en 1630, Jean-Emmanuel prit le relais des travaux mais le coût en était tel qu’en 1656, il dut vendre le château au surintendant des finances Nicolas Fouquet.

Le château retourna dans la famille de Rieux deux ans plus tard mais le fils de Jean-Emmanuel, Jean-Gustave, fut le dernier du nom. En 1679, ruiné, il vendit son marquisat à René Lopriac, baron de Coetmadeuc.

Au XVIIIIe siècle, le château est progressivement abandonné. Mais Ranrouët n'est pas tout à fait Ranreuil, lequel prospère sous l'administration de Nicolas, marquis de Ranreuil, comme en témoigne ce passsage du Cadavre anglais :

« Saisissant l'occasion de ces quelques jours d'attente, Nicolas décida de faire à Louis la surprise de le mener à Ranreuil. Pendant quelques jours, il y régla l'administration de ses domaines, conféra avec le sieur Guillard, son intendant, et visita ses fermiers dont beaucoup reconnurent dans le nouveau marquis le gamin qui jouait avec eux à la soûle sur les rivages vaseux de l'embouchure de la Vilaine. Au château, tout lui rappelait le marquis de Ranreuil. Dans la chapelle il médita un long moment devant sa tombe avant de se rendre à la collégiale de Guérande sur celle du chanoine Le Floch. La joie de se trouver là avec son fils, tous deux unis dans un voyage qui resserrait leurs liens, le disputait à une vague de tristesse et de retour sur le passé et sur lui-même. Des dispositions à prendre, des travaux à ordonner et les visites aux châteaux du voisinage dissipèrent peu à peu cette vague de nostalgie. »

Du reste, depuis 1777, Nicolas envisage de plus en plus de se retirer sur ses terres.

Quant au château de Ranrouët, incendié en 1794, il ne fut plus qu'un chantier de pierres dans lesquelles venaient puiser les habitants d’Herbignac jusqu'à ce qu'il soit inscrit, en 1925, à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Ranrouët fut dans les années 1970 pris en charge par l'association des Amis du château de Ranrouët et acheté en 1989 par le Conseil Général et donné en gestion à la commune d’Herbignac. Depuis 2008, c'est la Communauté d’Agglomération de la Presqu’île guérandaise qui gère le site.