Un mémoire intitulé La Police de Paris en 1770, rédigé par le commissaire Lemaire sur ordre de Sartine, rend compte de la manière dont était organisée la police parisienne.

La capitale est, au XVIIIe siècle, divisée en vingt quartiers dont la population est particulièrement surveillée car on craint que la moindre "émotion populaire" – pour employer une expression de l'époque – ne dégénère.

Depuis le XVIIème siècle, la police de la capitale a été réorganisé à travers quatre personnages qui tous siègent au sein du tribunal de la Prévôté et Vicomté de Paris qui comprend Paris et sa proche banlieue, celui-ci se situe au Châtelet. Les trois magistrats, comme la grande majorité des postes de l'administration royales sont des offices à charges, c'est à dire qu'ils s'achètent souvent fort cher et peuvent sous conditions être légués.

Louis-Michel Van Loo, Portrait de Gabriel-Henri Bernard de Rieux, marquis de Boulainvilliers, 1758, huile sur toile, collection privée

Le Prévôt de Paris, premier magistrat du Châtelet, existe depuis le XIIème siècle. Il est un officier du Roi et cumul de nombreuses fonctions pouvant se résumer dans l’office de représenter le gouvernement. Il avait pour mission d’intervenir dans les actes où le Roi avait quelque intérêt à défendre et il le remplaçait aux audiences de justice. Durant presque toutes les aventures de Nicolas, un seul et même homme tient cette charge : Anne Gabriel Henri Bernard, marquis de Boulainvilliers de 1766 à 1792, il a succédé à Alexandre de Ségur, prévôt depuis 1755. Dans les faits, les jugments se font en son nom, il ne participe aux recherches judiciaires.

Jérome d'Argouges, source: Gallica

Le Lieutenant civil existe depuis le XIIIème siècle, il est le second dans le rang des magistrats du Châtelet. En tant que premier des lieutenants de la prévôté et vicomté de Paris, c’est lui qui préside à toutes les assemblées du Châtelet et juge les affaires civiles. Il est donc compétent pour tout ce qui concerne la réglementation des diverses professions, l’approvisionnement en vivres, l’entretien des rues, la lutte contre les épidémies, les révoltes, mais aussi les successions, les legs, les mises sous scellés et les inventaires après décès ou saisis. Il est aussi un des administrateurs de la ville de Paris. Depuis 1710, cette charge fixée à 500000 livres est détenu par Jérome d'Argouges jusqu'en 1762. Son fils, Alexandre François Jérome d'Aregouges lui succède en 1763 et la revend en 1766 à Jean-François Dufour de Villeneuve qui garde ce poste jusqu'en 1774. Lui succède Louis Alexis Angran d'Alleray jusq'en 1789, date de suppression de l'office.

 

Ci-contre, deux portraits de Sartine, avec deux perruques différentes. Le premier est de Joseph Boze. Vous découvrirez le second en survolant l'image avec la souris.

Le Lieutenant Général de Police , apparait en 1667, il dépend du roi, supervise une véritable pyramide policière. Il est en charge de tout le fonctionnement de la capitale, à savoir la religion, les mœurs, la santé, l'approvisionnement et les vivres, la voirie, la tranquillité et la sécurité publique, les sciences et arts libéraux, le commerce, la réglementation concernant les serviteurs, domestiques et manœuvriers, les manufactures et arts mécaniques, et la gestion de la pauvreté. Il a sous ses ordres quarante-huit commissaires, qui lui rendent compte de tout ce qui se passe dans le quartier qui leur est affecté. Il dispose enfin du pouvoir de délivrer des lettres de cachet, il a donc de fait une fonction d'Intendant du Roi.

Ainsi, Nicolas Le Floch dépend-il successivement de Sartine (de 1759 à août 1774), de Lenoir (d'août 1774 à mai 1775), d'Albert (de mai 1775 à juin 1776), puis de nouveau de Lenoir jusqu'en juillet 1785, et enfin Louis Thiroux de Crosne jusqu'au 16 juillet 1789.

 

 

Jean-Charles-Pierre Lenoir, Source Gallica

Le Lieutenant Criminel apparait au XVème siècle, une grande partie de ses charges sont transmises au Lieutenant Général en 1667 suite à la volonté de Louis XIV de réformer une institution qui avait montré ses limites lors de la Fronde.Cependant, la charge se perpétue. Il reste le juge de tous les crimes et délits qui se commettent dans la ville et faubourgs de la prévôté et vicomté de Paris et préside à ce titre la chambre criminelle. Il garde un pouvoir d'enquête et à ce titre un droit sur les commissaires. La charge est vendue à Sartine en 1755 pour 150.000 livres, après un rabais de 100.000 livres sur décision de Louis XV. Lenoir lui succède en 1759, puis Augustin Testard du Lys en 1765 et enfin Charles Bachois de Villefort jusqu'en 1791.

 

 

Les autres offices du Châtelet:

On y trouve en premier lieu les Conseillers au nombre de 60, Sartine fut l'un d'entre-eux durant deux ans de 1752 à 1754, puis en fin les Commissaires. Comme le commissaire Lardin, Nicolas n’est pas affecté à un quartier particulier, mais il rencontre des commissaires de quartier qui ont réellement existé, tels le commissaire Fontaine, au chevet de M. de Noblecourt dans Le Fantôme de la rue Royale, ou le commissaire Desnoyers, du quartier Saint-Eustache, dans L’Énigme des Blancs-Manteaux.

Les commissaires font le lien entre les Parisiens et le pouvoir, ce que souligne Arlette Farge dans Effusion et tourment, le récit des corps. Histoire du peuple au XVIIIe siècle (Paris, Odile Jacob, 2007) :

« Personnalité connue, crainte, le commissaire de police possède de plus un pouvoir de négociation avec les habitants, de conseil et de conciliation : en ce sens, sa charge oscille entre la répression et une éventuelle bonhomie. »

Ses tâches sont diverses. Sous les ordres de Lardin dans L’Énigme des Blancs-Manteaux, Nicolas se familiarise avec leur étendue :

« Nicolas connut, au petit matin, les poses de scellés, les saisies, les constats ou plus simplement les arbitrages des querelles, entre voisins, si fréquentes dans les maisons de rapport des faubourgs où s’entassaient les plus nécessiteux. »

Dans Le Cadavre anglais, l’auteur revient sur cette diversité et ses conséquences :

« Il apposait les scellés lors des inventaires après décès, partageait les biens des mineurs, percevait la taxe des dépenses de justice et la liquidation des dommages et intérêts. De ces attributions civiles, le risque n'était d'ailleurs pas toujours exempt. Le peuple murmurait et accusait les commissaires de recevoir des avantages accessoires. »

Extraits de l'Almanach royal de 1758

Afin de seconder ses commissaires, le premier lieutenant général de police, Nicolas de la Reynie, crée en 1708 la charge d’inspecteur. Ceux-ci sont, en 1770, au nombre de vingt. Ils sont en outre souvent spécialisés, tel l’inspecteur Marais, affecté à la surveillance des mœurs, qui apparaît dans Le Sang des farines.

La pyramide policière s'appuie aussi, en 1770, sur le guet (cent quatre-vingt-treize hommes qui battent sans relâche le pavé parisien) et la garde de Paris (neuf cents hommes), que l'on voit intervenir dans Le Fantôme de la rue Royale et Le Cadavre anglais.

Extrait d'un rapport du guet pendant la Guerre des farines (Archives nationales, série Y 10625)

Cependant l’ensemble de la pyramide ne fonctionnerait guère si elle ne reposait sur le réseau très serré de mouchards qu’ont su tramer les commissaires et les inspecteurs et qui permet à la police de n’être pas visible tout en étant constamment présente. Toute personne ayant eu maille à partir avec la justice est susceptible d’être réquisitionnée comme « mouche ». Le processus est bien analysé dans Le Fantôme de la rue Royale. Pris sur le fait par Nicolas, un homme qui, bien mis et le visage,avenant, avait pu festoyer dans de nombreuses noces, est mis en demeure de servir d'indicateur.

On peut aussi citer le cas de Julie de Lastérieux qui, en échange de renseignements recueillis dans son salon, peut jouir d’une partie de la fortune de son mari alors que celle-ci aurait dû être saisie en totalité. Le personnage est inspiré d'une véritable salonnière.

Ci-dessous, un extrait des "Papiers de Lenoir" concernant cette salonnière (Médiathèque d'Orléans).

Le Guet a été établi par Saint-Louis en 1254. Les bourgeois de Paris fournissaient, tous les jours, un certain nombre d’hommes déterminé par le Prévôt de Paris ; c’était le guet assis, qui formait des corps-de-garde fixes. Le Guet Royal dépendant du Prévôt faisait lui les rondes. Ces deux corps étaient cependant commandés par le Chevalier du Guet, placé sous l’autorité du Prévôt. Ce service commençait à l’heure du couvre-feu et se terminait au lever du soleil. En 1667, Gabriel de La Reynie est placé à la nouvelle fonction de lieutenant général de police. Il a sous son autorité le Guet Royal. L’année précédente, neuf brigades de cavalerie pour les patrouilles avaient été créées. En 1688, un uniforme est donné au Guet. Les charges du Guet Bourgeois sont vénales, le Guet Royal est recruté parmi d’anciens soldats. Ceux-ci sont bien plus efficaces et assurent l’essentiel des charges de police. La disparition du dernier Chevalier du Guet en 1733 aboutit à la fusion des deux en une garde de Paris unique en 1750 disposant de 149 hommes. En 1765, le Guet devient la Garde de Paris laquelle est dissoute en 1789 et incorporée à la Garde Nationale.