Au XVIIe siècle, le jeu est très mal perçu dans la société : il est non seulement réputé conduire à la débauche et au blasphème, mais il est aussi un souci pour les familles car il défait les patrimoines.

Au XVIIIe siècle, le jugement porté sur les jeux de hasard est le même : ce dernier est le fait de libertins et d'une population en rupture de banc, qui inquiète la police ("mauvais" domestiques, chômeurs, déserteurs, mendiants ou vagabonds). Cependant, force est de constater que les jeux d'argent se généralisent. Toutes les couches de la société sont gagnées car tous rêvent d'un enrichissement rapide  : du jeune noble dont les habitudes dispendieuses épuisent la fortune au simple domestique qui, comme l'apprenti de Maître Mourut dans Le Sang des farines, désire quitter au plus vite son état.

« Le jeu nie le mérite acquis, mais propose le hasard comme remède à l’absence de la reconnaissance égalitaire du mérite, le gain rapide et la fortune dictée par la Fortune comme solution à la mobilité sociale restreinte et comme remède miracle à la précarité ordinaire du plus grand nombre », écrit Francis Freundlich dans Le Monde du jeu à Paris (1715-1800), Paris, Albin Michel, 1995, p. 10.

On joue donc dans les salons, mais aussi dans les cabarets et dans la rue. L'homme du peuple aime parier pendant ses moments de loisir, lorsqu'il flâne sur les places les jours de foire et de marché. On parie aussi dans la cour de son immeuble, dans un jardin ou sur un terrain vague. À la fin du siècle, les Champs-Élysées, les quais des Tuileries et du Louvre, la place de Grève et le boulevard du Temple sont très prisés car tous ces lieux permettent de s'esquiver rapidement en cas d'une intervention de la police. Les jeux de hasard en plein air se multiplient au cours du siècle. La rue étant à tout le monde, le tenancier ne paie pas de loyer. Son seul investissement est un matériel facilement escamotable : une planche, un cornet, des dés, des cartons numérotés et de la craie. On peut donc facilement monter son affaire.

En plein air, on joue pour de l'argent ou pour acquérir des objets qui font rêver parce qu'ils relèvent du temps libre : pipes, tabatières, flacons, boucles d’oreilles, miroirs, carafes, verres et gobelets. Les loteries de marchandises ont progressé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Le pharaon :

Évoqué dès le premier roman de la série, ce jeu de hasard, originaire d’Italie, entre en France au XVIIIe siècle.

Un banquier qui a un jeu de cinquante-deux cartes est opposé à plusieurs joueurs appelés "pontes". La table est divisée en deux parties, à droite et à gauche du banquier. Les pontes misent chacun sur une ou plusieurs cartes de leur côté, le banquier tire deux cartes qu’il pose à sa droite et à sa gauche. La carte de droite fait gagner au banquier la mise que les pontes ont faite sur elle et la carte de gauche l'oblige à doubler au profit des pontes l'argent dont ils l'ont couverte. Si les deux cartes ont la même valeur, le banquier empoche la moitié des mises faites sur les cartes. Pour la dernière carte, le banquier ne double pas la mise faite sur elle.

Le "paroli" est une martingale qui consiste à doubler la mise à chaque gain. Lorsqu'on a atteint une certaine somme définie à l'avance, on s'arrête et on recommence avec la mise de départ.

Le biribi :

Biribi est un mot italien. Ce jeu de hasard nous est en effet lui aussi venu d’Italie au XVIIe siècle. Comme l'explique L'Enquête russe, il fallait miser sur l'une des soixante-dix cases et le numéro était tiré au sort par le banquier.

« Le biribi en particulier comprenait un tableau sur lequel étaient inscrits soixante-dix numéros. Le jeu consistait à placer sa mise sur une des dix-sept parties du tableau. Le numéro gagnant, porté sur une boule, était tiré d’un sac par le banquier. Restait que celui-ci avait toujours l’avantage. Quant au pharaon, c’était bien pis.
- Ce sont des jeux de cartes ?
Il y eut en face un nouveau rictus méprisant.
- Le biribi point, mais le pharaon oui. Les joueurs misent sur une ou plusieurs cartes. Le banquier en tire deux qu’il dispose à droite ou à gauche. »

Ce jeu a été interdit au XIXe siècle, mais c’est en fait l’ancêtre du loto actuel.

Le jeu de cavagnole :

 
Cartes du jeu de Cavagnolle (Bowesmuseum)

Le numéro sélectionné est annoncé et le joueur ayant misé sur le bon numéro obtient sa mise multipliée par 36 ou par 64. Ce jeu est composé de 24 cartes à 5 chiffres représentant des scènes de la vie quotidienne mais aussi de fables, ou des personnages de théâtre ou de carnaval. Sur la carte numérotée de 1 à 5, les scènes représentent La Bergère, Le Singe barbier, La Vivandière, Le Forgeron, La Dame à sa toilette. La dernière carte porte les numéros 116 à 120 : M. de Ballets, Scaramouche, Le Médiateur, Le Chat, Les Vaniers.

Le jeu de bague :

« Au pont Saint-Jean, une décoration, des lacs d’amour au chiffre du comte et de la comtesse du Nord, s’embrasa en artifices et feux volants. Un jeu de bague et un bal champêtre conclurent gaiement la soirée. » (L’Enquête russe)

Le jeu de bague est l’adaptation d’un vieux jeu médiéval, où le chevalier au galop enlevait avec la pointe de sa lance un ou plusieurs anneaux, disposés sur des poteaux ou suspendus à des potences.

Coupe de la plateforme du jeu de bague au château de la Muette, 1719 (Gallica)

 

Noir qui présente l'anneau à celui qui court la bague à Chatou, 1780 (Gallica)

Au XVIIe siècle, la course à la bague est très populaire dans les fêtes villageoises ou sur les champs de foires. Le cheval est remplacé par d’autres montures et la lance par un simple bâton. L’évolution, c’est le carrousel, ancêtre du manège : des montures tournent autour d’un axe central et il faut décrocher les anneaux à l’aide d’un bâton. 

Au Petit Trianon, Marie-Antoinette a fait construire un jeu de bague de ce style dans le parc :

« Il fut creusé une fosse près de l'angle nord-ouest du château destinée à recevoir la machinerie, et au niveau du sol, une plateforme pivotante autour d'un mât couronné par un parasol ; le mât était soutenu par un groupe de trois chinois, dont les corps évidés et les mains couvertes de plomb, cachaient les ferrures qui assuraient la solidité de la construction. Au sommet du parasol tournait une girouette, ornée de deux dragons dorés. Quatre dragons ou chimères à cornes de cuivre servant de montures aux hommes, alternaient avec autant de paons, dont la croupe offrait des sièges aux dames. Des chapeaux chinois faisaient entendre leurs clochettes, quand le mécanisme était en mouvement. » (Archives nationales  O/1 1875 : travaux et dépenses des Trianons, 1777-1778)